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République Démocratique du Congo

Les Maman Shujaa, Héroïnes du Congo, se sont fait entendre pour que les voix des Congolaises soient entendues, pour que leurs rêves et leurs combats soient connus, et pour travailler ensemble et influencer la politique internationale. Aujourd’hui, la République Démocratique du Congo est l’une des régions les plus actives de notre réseau mondial, et les femmes de la RDC gagnent en force.

Visitez notre nouvelle page régionale sur la RDC pour entrer en contact avec cette communauté croissante.

Une femme à regarder: Passy Mubalama

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Passy Mubalama, correspondante World Pulse et militante pour les droits de l’Homme, parle aux femmes de sa communauté à Goma. Crédit photo : Passy Mubalama

Rencontrez la championne de Goma pour la promotion des droits des femmes et des enfants.

« Promouvoir les droits des femmes doit être notre première mission –nous devons travailler dur, ensemble, pour aider les femmes dans nos communautés à connaître leurs droits et à mieux les revendiquer. »

Passy Mubalama

To read this article in English, click here.

Militante des droits de l'Homme en République Démocratique du Congo et correspondante de World Pulse, Passy Mubalama est l'aînée d’une famille de douze enfants. Elle est la seule de sa famille à avoir terminé des études universitaires. Dans sa petite enfance, elle a été témoin d’évènements qu’un enfant de son âge ne devrait pas voir, notamment des cas de violences sexuelles et domestiques envers les femmes de sa famille et de sa communauté. Mais à l’époque Passy se sentait encore incapable de changer ou d’arrêter cette situation. En dépit des préjugés et stéréotypes en RDC envers les femmes qui font des études, et en dépit des conditions difficiles dans lesquelles elle a vécu, elle a tenu à finir ses études afin de pouvoir continuer à aider les femmes à connaître et à se battre pour leurs droits.

Questions/Réponses avec Passy Mubalama

Passy Mubalama Passy Mubalama: J'ai 29 ans et je suis la fondatrice d’Actions et Initiatives de Développement pour la Protection des Femmes et des Enfants (association AIDPROFEN), une association sans but lucratif basée à Goma dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC). L’association AIDPROFEN milite pour la promotion des droits des femmes dans la province du Nord-Kivu, où je milite pour la défense des droits de l'Homme depuis quatre ans.

Depuis 1994, la RDC a été caractérisée par une instabilité politique et a été en proie à de nombreux conflits interethniques alimentés par la présence de plusieurs groupes armés rebelles dans la région. Parmi eux, des groupes armés locaux d’autodéfense populaires ainsi que quelques groupes armés étrangeers dont les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). Depuis Avril 2012, les affrontements entre le groupe rebelle M23 et l’armée congolaise, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), ont secoué l’Est de la RDC et particulièrement la province du Nord-Kivu.

De nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis par les rebelles. Comme peuvent d’ailleurs le montrer les statistiques sur les conflits dans la région, les conséquences de la guerre ont été dévastatrices. Chaque jour dans l'Est de la RDC, le nombre de personnes qui meurent, qui sont blessées et/ou qui se déplacent à cause des affrontements augmente. Selon le rapport publié par le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), la province du Nord-Kivu compte un total de 967 050 personnes déplacées sur le territoire national (PDI). Malheureusement, la majorité des personnes déplacées sont des femmes et des enfants qui vivent dans des conditions difficiles et dangereuses dans les camps de déplacés où certains ne bénéficient d’aucune assistance.

Comment avez-vous su que défendre les droits des femmes et des enfants était la vocation de votre vie ?

Durant ma petite enfance, à l’âge de 10 ans en 1994, lorsque des Rwandais fuyant le génocide dans leur pays se sont réfugiés dans l’Est du Congo, au Nord et au Sud Kivu, j'ai été témoin de choses qu'un enfant de mon âge ne pouvait pas supporter – meurtres, famine, violence domestique, ainsi que de nombreux cas de violence sexuelle et autre fondée sur le genre dans ma famille et dans ma communauté. Il a été très difficile pour moi de grandir dans de telles conditions. Je me sentais continuellement stressée. Aujourd’hui, des cas de violences fondées sur le genre continuent à être enregistrés, mais les femmes et les jeunes filles sont encore condamnées par les coutumes et les traditions à garder le silence. Il est regrettable pour moi de constater qu'encore aujourd'hui, la communauté congolaise continue à avoir beaucoup de préjugés envers les femmes.

Beaucoup de personnes en RDC sont toujours convaincues qu’une femme ne peut pas occuper des postes de décision tels que député national ou provincial, directeur d'école, ou professeur à l’université.

En plus des défis culturels auxquels font encore face les femmes congolaises, les guerres à répétition et les conflits armés ont continué à déstabiliser la région et affecter sérieusement la vie des femmes et des enfants.

Beaucoup de femmes et d’enfants déplacés vivent dans des camps, sans nourriture, sans vêtements, et sont exposés aux différentes intempéries, vents, pluies, froids et chaleurs. Ils sont exposés aux différentes formes de violence dont les violences sexuelles, l'esclavage sexuel par des groupes armés, les enlèvements, les meurtres, la torture et d'autres atrocités. Toute cette situation me choque et m’attriste quotidiennement. J'ai donc décidé de travailler dur toute ma vie pour essayer de faire quelque chose pour changer un jour cette situation. J'ai donc fait le choix de plaider en faveur des femmes et des enfants vulnérables toute ma vie !

Quels sont les succès que vous avez vécus dans votre travail?

Les succès sont nombreux. A travers l’association AIDPROFEN nous avons installé des comités locaux de femmes, où les femmes se réunissent et discutent des questions qui affectent leurs droits. Dans ces comités, nous essayons de montrer aux femmes comment revendiquer leurs droits mais aussi comment contribuer à l'instauration de la paix dans l'Est de la RDC. Nous avons, par exemple, organisé de nombreuses conférences et des débats dans des universités au Nord Kivu. Avec ces jeunes étudiantes et étudiants nous avons développé des thèmes sur les droits des femmes dont les droits économiques, le droit d’avoir un compte bancaire, le droit au travail, le droit à l’héritage, etc. Aujourd'hui, plusieurs femmes sont informées de leurs droits et sont capables de dénoncer les différentes violations à leurs égards. Pour AIDPROFEN, ceci est un grand succès, car auparavant cela était impossible. Autrefois encore les femmes étaient condamnées par les coutumes et traditions à garder le silence.

A titre d'exemple, je vais partager avec vous l'histoire d'une femme membre de l’association AIDPROFEN qui, grâce à nos activités, a trouvé une solution à son problème. Esperance* est mère de cinq enfants. Durant plusieurs années, elle a été victime de plusieurs formes de violence domestique et sexuelle de la part de son mari. Elle a passé beaucoup de jours à souffrir en silence, car selon la coutume et les traditions elle devait garder le silence. Pourtant Esperance n’était pas la seule à souffrir, ses enfants ont également été affectés. Ils étaient renvoyés de l’école tous les jours, car leur père ne voulait pas payer les frais de leur scolarisation.

Lorsque Esperance a commencé à fréquenter les comités locaux de femmes organisés par l’association AIDPROFEN, elle a commencé à apprendre et à connaître ses droits. Elle a donc expliqué son problème aux membres de l’association AIDPROFEN qui lui ont offert des conseils mais également un soutien juridique. Face aux souffrances qu’elle ne pouvait plus supporter, Esperance a décidé de s’en référer à la justice pour réclamer ses droits et ceux de ses enfants.

Heureusement que le juge a statué sur son cas. Il a sommé le mari d’arrêter de frapper sa femme et de lui donner de l'argent pour acheter de la nourriture aux enfants. Aujourd’hui, Esperance et ses enfants sont heureux. AIDPROFEN continue à enseigner aux femmes leurs droits et leurs devoirs envers la communauté et surtout les moyens de garantir leur indépendance.

Quels sont les plus grands défis à relever dans la promotion des droits des femmes et des enfants en RDC ?

Le plus grand défi aujourd'hui est la poursuite des conflits armés et des guerres à répétition qui caractérisent la région de l’Est de la République Démocratique du Congo où nous vivons. Travailler en tant que militante pour la défense des droits de l'Homme en général pour les droits des femmes en particulier, dans une telle situation, n'est pas facile. Cela s’ajoute au fait d’être moi-même victime de certains stéréotypes et préjugés, de violences fondées sur le genre et de discriminations dans la société simplement parce que je suis une femme. La situation politique et sécuritaire en RDC ne nous permet pas de travailler en paix comme défenseurs des droits de l’Homme. Très souvent, je suis la cible de groupes armés et de certains politiciens qui ne veulent pas que les violations des droits de l'Homme qu’ils commettent soient dénoncées.

Un autre défi important contre la défense des droits des femmes et des enfants est le système judiciaire congolais. Il existe des lois sur la protection des femmes et des enfants, mais malheureusement ces droits ne sont ni appliqués ni respectés. Le système judiciaire de la RDC est corrompu et l'impunité règne dans notre communauté. Parfois, lorsque les auteurs des violations des droits de l'Homme, y compris les auteurs de violences sexuelles, sont traduits en justice, ils peuvent user de la corruption et être libérés seulement après deux ou trois jours. Ils circulent librement dans la communauté et deviennent une grande et forte menace pour les victimes.

Comment est ce que la situation actuelle à Goma affecte la vie des femmes et des enfants dans votre communauté et aussi dans votre travail?

A Goma, nous vivons dans une insécurité et une anxiété constantes. Par exemple, après 18h30, il est difficile de circuler librement dans la ville. Cette décision du maire a été prise à cause de l’insécurité qui caractérise la région. Le taxi-moto, le seul moyen de transport, a été interdit pour empêcher des cas d’assassinats qui sont courants dans la ville. Pour rester en sécurité, les femmes et les enfants s’assurent d’être chez eux avant 18h30, et la population vit dans une peur perpétuelle.

Cette situation affecte sérieusement la vie de certains enfants qui perdent simplement l'espoir de vivre. D’autres perdent la trace de leurs parents. Ils voient leur avenir détruit, et sont obligés d'intégrer les forces armées ou des groupes armés rebelles.

La situation de sécurité affecte tous les aspects de ma vie, y compris mon travail. Souvent, je vois des amis, des frères et sœurs et d’autres membres de la famille mourir et laisser derrière eux des orphelins qui sont eux-mêmes victimes de nombreuses violations de leurs droits. Parfois, des coups de feu et des détonations de bombes m'empêchent d'aller au bureau ou d’apporter de l’aide aux victimes de violence sexuelle.

Il est souvent difficile pour moi de bien dormir quand je sais qu'il ya beaucoup d'autres femmes et des enfants qui souffrent comme moi et n’ont aucune assistance. Ils n'ont pas de nourriture ni de vêtements et ils dorment dehors, par terre. Chaque jour, nous sommes stressés, mais je suis toujours convaincue que je peux aider les femmes et les enfants à vivre leur vie d'une meilleure façon.

Quels conseils donneriez-vous aux autres jeunes femmes, futures meneuses dans leurs communautés?

Je demande à d'autres jeunes femmes leaders dans le monde d’être courageuses et de continuer à promouvoir les droits des femmes et des enfants, et d’en faire leur priorité. Cela doit être notre première mission : travailler dur pour aider les femmes dans nos communautés à connaître leurs droits et à mieux les revendiquer.

*Le nom a été changé.

Connectez-vous avec Passy Mubalama.

Comments

ANNE CHIRUME's picture

j'encourage cette jeune fille

j'encourage cette jeune fille dans la lutte engagée du moment qu'elle dispose encore de l'énergie nécessaire. Elle peut donc compter sur notre soutient inconditionnel toutes les fois qu'elle en aura besoin

ANNE

ANNE CHIRUME's picture

j'encourage cette jeune fille

j'encourage cette jeune fille dans la lutte engagée du moment qu'elle dispose encore de l'énergie nécessaire. Elle peut donc compter sur notre soutient inconditionnel toutes les fois qu'elle en aura besoin

ANNE

MADELEINE BWENGE's picture

AVEC TOUS NOS ENCOURAGEMENTS

Nous apprécions à notre juste valeur l'implication de la jeune fille congolaise dans la lutte pour la défense des droits des femmes et des enfants. Ces actions qui étaient initiés depuis plusieurs années par les femmes congolaises en général, viennent de connaître leur appropriation par nos filles qui doivent prendre la rélève car au fur à mesure que les mamans prennent de l'âge, de plus en plus elles ont tendance à perdre certaines réflêxes et la souplesse diminue. D'où, nous encourageons très sincèrement Mademoiselle Passy pour son engagement dans la lutte en faveur des droits des femmes congolaises et ceux des enfants en province du Nord-Kivu. Nous invitons les autres jeunes filles à emboiter les pas à cette dernière.

MADELEINE

ANNE CHIRUME's picture

je suis de votre avis

je suis de votre avis Madeleine. Cette fille mérite tous nos encouragements; Je salue son esprit d'initiation

ANNE

MADELEINE BWENGE's picture

MERCI POUR CETTE UNANIMITE

Merci beaucoup Anne d'être unanime avec nous sur l'engagement de la jeune fille dans la lutte en faveur des droits des femmes en province du Nord-Kivu. Si toutes les filles congolaises unissaient leurs voix à la sienne, imaginez-vous, quels seraient les résultats. De ce fait, les actions de sensibilisation de la jeune fille congolaise constituent notre priorité.

MADELEINE

ANNE CHIRUME's picture

je suis de cœur avec vous

je suis de cœur avec vous toutes

ANNE

BAJIRA CHISHUBA's picture

COURAGE

Courage ma chère Passy, nous sommes apellées à briser le silence,
combattons jusqu'à la mort
Paix et bénédiction

bajira

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